INTERNATIONALJEUDI 3 DÉCEMBRE 20200123

premier ministre de la roumanie depuis novembre 2019, Ludovic Orban partage avec son homologue hongrois Viktor Orban son patronyme, son âge (57 ans), et son affiliation au Parti popu­laire européen (PPE) – la famille des droi­tes conservatrices. Mais leur ressem­blance s’arrête là. En pleine campagne pour les législatives du dimanche 6 dé­cembre en Roumanie, Ludovic Orban critique les veto hongrois et polonais au plan de relance européen post­Covid. La Hongrie et la Pologne bloquent le budget de l’UE en refusant tout lien entre les subventions européennes et l’Etat de droit. Qu’en pensez­vous ? Il est vital pour l’Europe d’adopter et demettre en place le plus vite possible le budget de l’UE et le plan de relance. Nous avons une chance de soutenir des inves­tissements et d’accélérer la relance. Il faut l’utiliser. Les gouvernements hon­grois et polonais doivent prendre en compte l’intérêt de leurs citoyens qui sont les mêmes que ceux de tous les ci­toyens européens, ils doivent lever leurs veto contre ces deux décisions majeures.

Budapest et Varsovie disent défendre l’esprit de l’Europe centrale contre Bruxelles. N’êtes­ vous pas d’accord ?Ils ne peuvent pas parler au nom de tous les pays d’Europe centrale et orien­tale. C’est très difficile de comprendre pourquoi ils ne sont pas d’accord pour lier les fonds européens à l’Etat de droit. Tous les pays européens doivent respec­ter l’Etat de droit. L’indépendance de la justice, l’accès à la justice sans interfé­rence, la lutte contre la corruption sont une chose normale en Europe. Nous [les Roumains] sommes sous le mécanismede coopération et de vérification [qui prévoit une surveillance européenne du système judiciaire de la Roumanie et de la Bulgarie depuis leur adhésion à l’UEen 2007]. Nous devons appliquer les re­commandations de la Commission européenne, et nous sommes d’accord, car tous les contribuables de l’UE doi­vent être certains que l’Etat dépense l’argent public de façon correcte. Ne pouvez ­vous pas faire davantage pression sur vos voisins ?

Nous essayons de les convaincre, mais la Roumanie ne peut pas décider pour le gouvernement hongrois. Je reste opti­miste, leur position n’est pas raisonna­ble, sinon tous les autres pays euro­péens se révolteront et cela ne sera pas oublié. Le futur de l’Europe en dépend. Vous êtes membre du PPE comme le Fidesz de Viktor Orban. Pourquoi en est ­il toujours membre ? Ils sont suspendus du PPE et tous les leaders du PPE ont envoyé des mes­sages aux Hongrois et aux Polonais. En pratique, le PPE n’a plus de pouvoir sur le Fidesz. Soutenez ­vous une exclusion ? Je préfère ne pas parler de ce sujet, cela doit être décidé au niveau du PPE. Les réformes de la justice menées par vos prédécesseurs du parti social­-démocrate ont été un sujet de préoc­cupation. Pourquoi n’êtes ­vous pas encore revenus sur ces réformes? Quand nous étions dans l’opposition, nous avons lutté contre les réformes du gouvernement précédent qui vou­lait arrêter la lutte contre la corruption. Nous avons eu du succès en participant au mouvement civique et en allant devant la Cour constitutionnelle. Nous avons réussi à stopper le gouvernement socialiste et depuis novembre 2019, la Roumanie a changé radicalement de position. Notre intention est de réparer les mauvaises choses qui ont été faites en respectant les recommandations euro­péennes. Nous n’avons pas encore pu le faire car le président Klaus Iohannis a convoqué un référendum [en mai 2019]dans lequel plus de 6 millions de ci­toyens roumains ont décidé que le gou­vernement ne devrait pas pouvoir réformer la justice par décret, mais en passant par le Parlement. Or nous n’avons toujours pas la majorité au Par­lement pour soutenir nos propositions.Si les élections nous donnent une majo­rité proeuropéenne et projustice, nous agirons dès le premier semestre 2021. C’est une priorité.

 

propos recueillis parjean­baptiste chastand(bucarest, envoyé spécial)« La Hongrie ne peut pas parler au nom de tous les pays d’Europe centrale »