Proclamation du prince Alexandre-Jean aux Moldaves en date du 6 février 1859

Nous, Alexandre-Jean Ier,

Par la grâce de Dieu et la volonté nationale, prince de Moldavie,
A tous présents et à venir, salut:

La volonté nationale, par son organe légal, l’Assemblée élective, nous a élu prince de Moldavie. En montant sur le trône sous le nom d’Alexandre Ier, notre premier devoir est de nous adresser à vous, chers compatriotes, pour vous exprimer les voeux que nous formons pour votre paix et pour votre bonheur, et pour vous faire part de nos vues et de nos intentions.

Avant de monter sur le trône auquel nous avons été appelé par la confiance de la nation, nous avons en présence de l’Assemblée prêté le serment suivant:

“Au nom de la très-sainte Trinité et en face du pays, je jure de defender les droits et les intérêts de ma patrie, d’être fidèle au texte et à l’esprit de la Constitution, de veiller pendant toute la durée de mon règne au respect des lois en tout et pour tous, d’oublier toute injure et toute haine, d’aimer sans exception ceux qui m’ont aimé et qui m’ont haï, et de vouer toutes mes facultés au bien et à la prospérité de la nation roumaine. Que Dieu et mes compatriotesme soient toujours en aide!”

Ce serment indique la ligne de conduite que nous garderons pendant notre règne. Notre Gouvernement sera, dans toute la force du terme, conforme à la Convention du 7/19 août, qui a été conclue entre la Sublime-Porteet les Puissances garantes des droits de notre patrie. Nous serons un Prince constitutionnel.

Nous respecterons toutes les prérogatives de l’Assemblée élective, et tous nos efforts tendront au développement des nouvelles institutions qui nous ont été reconnues par l’Europe, ainsi qu’à la mise en pratique sincère et durable des réformes indiquées dans la susdite Convention.

Aussitôt après l’élection de notre frère, le prince de Valachie, nous procéderons à l’établissementde la Commission centralede Fokshani, dont la mission sera de resserrer les liens de ces deux branches d’une même nation. Avec le concours simultané de cette Commissionet de l’Assemblée élective, notre Gouvernement s’empressera de faire les lois organiques réclamées par la Convention, et qui aurait pour résultat d’introduire parmi nous les grands principes qui régissent les États modernes.

Pour que de telles réformes puissent amener un résultat aussi grand
et aussi heureux, nous engageons tous nos compatriotes, de quelque condition qu’ils soient, à oublier les haines et les rancunes du passé.

Laissons venir la paix au milieu de nous, aimons-nouscomme les fils d’une même patrie, rétablissons l’harmonie entre les différentes classes de la Société, et nous acquerrons la force. C’est ainsi seulement que, Gouvernement et peuple unis, nous relèverons la patrie de la décadence où l’avaient fait tomber les malheurs des temps passés.
Notre mission est belle, mais elle est grande et difficile! Et nous ne pourrons la remplir qu’avec le concours sincère et l’appui de nos compatriotes. Nous nous consacrerons sans réserve à les mériter.

Nous faisons appel au patriotisme,au zèle, à l’activité des fonctionnaires publics, qui sont les organes légaux du Gouvernement dans ses rapports avec les particuliers. Les lois étaient tombées en désuétude, et avec elles toute la force du Gouvernement. Il faut qu’elles reprennent toute leur autorité. Le pouvoir exécutif devant être à l’avenir l’organe de la plus stricte légalité, il faut qu’il soit fort et qu’il soit respecté de tous. Il faut qu’à l’avenir l’honneur, la vie et la fortune des citoyens soient garantis. Ils seront placés sous la protection des autorités publiques.

Le Gouvernement sera toujours heureux de rechercher et de récompenser
le mérite, le dévouemcnt et les services honorable de tous les fonctionnaires, grands ou petits, il est aussi fermementdécidé à punir, sans ménagementet selon la rigueur des lois, tous ceux qui s’en écarteraient et qui commettraient des abus.

Nous donnons à tous nos compatriotes un salut princier et fraternel;
que Dieu bénisse les Principautés-Unie!

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Le prince Alexandre-Jean Couza est nommé, le 5 février 1859, prince de
Valachie par l’assemblée de Bucharest à l’unanimité des voix (64).

ARCHIVES DIPLOMATIQUES
1866

RECUEIL DE DIPLOMATIE ET D’HISTOIRE
TOME DEUXIÈME
AVRIL, MAI, JUIN 1866
PARIS
LIBRAIRIE DIPLOMATIQUE D’AMYOT, ÉDITEUR

http://www.romaniamagnifica.ro/?do=Istoria&optiune=1859.01.24+-+Ziua+Unirii+Tarii+Romanesti+cu+Moldova