31 August – Ziua Limbii Romane – Romanii din Serbia

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Romania Magnifica

joi, 29 aug., 23:49 (acum 21 de ore)

către eu
“Quoique la résistance des Roumains de Serbie et leurs luttes contre la serbisation n’aient pas fait beaucoup de bruit et ne soient pas allé jusqu’à prendre la forme d’un irrédentisme roumain aigu, elles n’en sont pas moins réelles ni moins efficaces. L’élément roumain, en dépit de l’école, de l’église et de l’administration serbes, s’est conservé et a prospéré en se multipliant au moins autant que l’élément serbe. Une enquête impartiale pourrait à tout moment confirmer cette assertion.
La résistance et la lutte de l’élément roumain de Serbie ont eu plutôt le caractère d’une résistance passive.
Ceux des Roumains qui ont passé par l’école serbe et ont appris la langue serbe ne peuvent s’empêcher de préférer toujours la langue roumaine apprise au sein de la famille. Ils ont gardé l’admiration de leur patrie d’origine et de prédilection, cette Roumanie (Valachie) riche et beau pays qui s’étend jusqu’à la Russie. Ayant conscience de l’état précaire dans lequel ils se trouvent, les Roumains se plaignent de n’être ni Serbes ni Roumains et en éprouvent un profond chagrin. Quand ils rencontrent un frère de Roumanie, ils l’écoutent parler avec plaisir et soupirent les yeux pleins de larmes: “Comme nous serions heureux d’être avec vous”.
Un Roumain ayant visité quelques villages, sur la route qui va de Cladova en face de T-Severin, jusqu’à Brza-Palanka, y a recueilli quelques informations et impressions qui ne sont pas dépourvues d’intérêt pour la question que nous étudions ici. “Les rapports qui existent entre les Roumains des deux rives du Danube sont tellement étroits que la nécessité se fait impérieusement sentir de communiquer entre eux par écrit. Or, comme les Roumains de Serbie ne connaissent pas l’alphabet latin – on leur interdit sévèrement de l’apprendre et d’en user – ils souffrent beaucoup de ne pouvoir adresser de lettres à leurs parents et amis de l’autre rive. A ce point même, que les prêtres serbes des villages que j’ai traversés m’ont prié – ils parlent le roumain, mais, ne connaissant pas les caractères latins, ne peuvent l’écrire – de leur tracer l’alphabet latin, afin de pouvoir satisfaire au désir ardent de leurs ouailles roumaines, qui veulent envoyer des lettres en Roumanie. On pense bien que je l’ai fait de tout coeur. Ceci prouve que le prêtre serbe et l’instituteur, loin d’arriver à désapprendre aux Roumains leur langue maternelle, et à leur apprendre à parler et à écrire le serbe, sont, eux-mêmes, obligés, non seulement d’apprendre à parler le roumain, mais aussi à l’écrire. Cela prouve aussi quelle est la soif et la nécessité que ressentent les Roumains de Serbie d’apprendre à écrire leur langue, chose qui leur est si injustement défendue.”
D’ailleurs, tous les efforts que font les autorités serbes pour serbiser les Roumains se dépensent en pure perte. A elle seule, la femme roumaine, avec son conservatisme obstiné, suffit pour neutraliser ou compenser ces efforts et leurs faibles résultats. Quand une Roumaine épouse un Serbe, ce n’est pas elle qui apprend le serbe, mais c’est toute la famille de son époux qui apprend le roumain. Ses enfants ne parleront que roumain et son entourage finira, tôt ou tard, par parler roumain.
Sans doute, la langue seule ne suffit pas pour constituer une nation. Elle n’est que le signe indicateur de la nation et, comme telle, elle n’épuise pas l’idée de nationalité. Sur ce point, nous partageons l’idée claire et nette qu’a formulée, à plusieurs reprises, avec competence et autorité, M. A. Gauvain.
Mais la langue n’est pas le seul lien qui relie les Roumains de Serbie aux Roumains du royaume et du Banat.
En dehors de la langue, il y a entre les Roumains qui habitent les deux rives du Danube, non seulement la communauté d’origine, une véritable filiation, mais une parfaite communauté de moeurs. Rien d’étonnant à cela, parce que, comme nous venons de le montrer, la grande
majorité des Roumains de Serbie sont venus du Banat et de la petite Valachie. Les Roumains du royaume ne peuvent pas être plus Roumains qu’eux.
Les moeurs, le costume, les superstitions, les légendes, le folklore sont les mêmes parmi les Roumains, aussi bien au Sud qu’au Nord du Danube. J’ai sous les yeux une collection de poésies et noms populaires des Roumains de Serbie. Ce sont absolument les mêmes légendes,
balades et “doïne” qu’on trouve chez les Roumains du Nord du Danube.
De plus, ils ont la volonté profonde et tenace de vivre ensemble. S’ils ne l’ont pas exprimée extérieurement et publiquement, c’est qu’ils en ont été empêchés,
A plusieurs reprises, ils ont envoyé des délégations à Bucarest pour demander aide et protection au Gouvernement roumain. Celui-ci les a découragés pour conserver des rapports amicaux avec le Gouvernement serbe, avec lequel il devait collaborer dans la lutte contre les Austro-Magyars. Mais, si cette volonté de rester Roumains et de s’unir aux Roumains, si leurs sentiments de Roumains, dont nous venons de citer quelques cas, n’ont pas pu se dépenser en surface, ils se sont développés en profondeur.
Ce n’est qu’ainsi qu’on peut s’expliquer pourquoi cette population roumaine, sans église et sans école roumaines, a fait preuve d’une endurance et d’une résistance nationales sans pareille. Non seulement cette population ne diminue pas, mais elle se multiplie et, au lieu de se serbiser, elle arrive assez souvent à roumaniser ses voisins serbes.”

V – La résistance des Roumains
LES ROUMAINS DE SERBIE
Dimitrie DRAGHICESCO (1875-1945)
Paris 1919